25 juillet 2016Franck Abed

Les investisseurs friands de la dette des émergents

Franck Abed

A la recherche de rendements, les investisseurs se portent à nouveau massivement sur la dette émergente. Entreprises et Etats bénéficient de cet engouement.


La situation a comme un air de revanche pour les économies émergentes. Après avoir enregistré de très fortes décollectes, sur fond d'abord de crise des devises en 2014, puis de craintes sur le ralentissement de l'économie mondiale l'an dernier, les fonds spécialisés dans la dette des émergents attirent à nouveau les investisseurs. On pourrait presque parler de ruée. La semaine dernière, les flux nets ont atteint près de 5 milliards de dollars, selon Barclays, un record historique pour cette classe d'actifs, et particulièrement les emprunts libellés en ­dollars.

Pourquoi un tel engouement ? Parce qu'une grande partie des craintes qui pesaient sur les pays émergents ont été levées ces derniers mois. « Une hausse des taux de la Réserve fédérale, et la probable hausse du dollar qui l'aurait accompagnée, aurait eu pour effet de renchérir doublement la dette des pays émergents libellée dans la devise américaine, explique Frédéric Rollin, chez Pictet Asset Management. Or, cette perspective semble s'éloigner à moyen terme. » Dans le même temps, l'économie chinoise reprend de la vigueur. « La politique de relance monétaire et budgétaire initiée au second semestre 2015 par les autorités commence à porter ses fruits, même si elle repose principalement sur la dépense publique », souligne Frédéric Rollin. Une ­conjonction favorable notamment aux marchés des matières premières, qui constituent l'une des premières ressources des économies émergentes.

Politiques accomodantes

L'heure est donc à l'optimisme. « La croissance du PIB des pays émergents semble avoir dépassé le point bas, les révisions à la baisse de plusieurs pays ont déjà été effectuées par les agences de notation », note ainsi Swiss Life Asset Management.

Surtout, l'accélération des investissements dans la dette émergente au cours des dernières semaines s'explique par les conséquences des politiques accommodantes des banques centrales des pays développés, Banque du Japon et Banque centrale européenne en tête, qui poussent les taux toujours plus bas. Un mouvement qui a été amplifié par le Brexit. « Un tiers de la dette souveraine mondiale affiche désormais des taux négatifs et l'élargissement du programme d'achats de la BCE aux emprunts d'entreprises de la catégorie investissement est en train de réduire significativement leurs rendements, explique Frédéric Rollin. A l'inverse, la dette émergente est encore peu chère et offre de bonnes perspectives. » Les fonds qui avaient déserté les économies émergentes dans la tempête pour se porter sur les valeurs refuges que sont les titres d'Etats développés font donc leur retour.

A l'heure actuelle, les gérants s'intéressent de près aux obligations d'entreprises. « E lles sont, à tort, considérées comme spéculatives, alors qu'elles présentent la même solidité que la catégorie investissement américaine. Et elles offrent un rendement de plus de 5,5 % », affirme Siddharth Dahiya chez Aberdeen Asset Management. Les Etats ne sont toutefois pas en reste. L'appétit pour les émergents a permis à l'Argentine de faire un retour triomphal sur les marchés en avril dernier, en levant 16,5 milliards de dollars. Jeudi, le Brésil a obtenu 1,5 milliard à 30 ans. Et, dans le Golfe, la levée de dette du Qatar aurait convaincu l'Arabie saoudite de faire aussi appel aux investisseurs après l'été.

Source : lesechos.fr