25 juillet 2016Franck Abed

Epargne salariale, quand l’entreprise prend la main

Franck Abed

L’épargne salariale est discrète, mais occupe une place de plus en plus importante dans les patrimoines : plus de 110 milliards d’euros y fructifient et quelque 8,7 millions de salariés y ont droit, principalement dans les moyennes et grandes entreprises. Elle permet d’investir les primes de participation ou d’intéressement et, ainsi, de se constituer une épargne à moyen terme ou pour la retraite, tout en bénéficiant d’une fiscalité douce. Ce n’est toutefois pas un placement comme les autres, car c’est l’entreprise qui le souscrit et le propose à ses salariés.


  • Un double avantage fiscal

En investissant ses primes dans le cadre de l’épargne salariale, le salarié bénéficie d’un double avantage fiscal : ces montants ne sont pas imposables, tout comme les gains financiers générés pendant la durée du placement (sauf les prélèvements sociaux de 15,5 %).

Certaines entreprises encouragent l’investissement des primes et de versements volontaires en ajoutant un abondement, c’est-à-dire une somme qui vient majorer vos propres investissements. Celui-ci peut atteindre des montants significatifs : jusqu’à 3 089 euros si l’épargne est placée pour cinq ans au moins, et 6 178 euros si elle est destinée à la retraite. Ces deux montants sont cumulables, mais dans les faits, les entreprises attribuent des sommes bien moindres. Cet abondement n’est pas imposable. Il est donc très intéressant de l’optimiser pour obtenir le montant maximal promis par l’entreprise.

  • Deux horizons de blocage

Contrepartie de l’avantage fiscal : les sommes placées sont bloquées durant au moins cinq ans dans un plan d’épargne entreprise (PEE), ou jusqu’à votre départ en retraite avec un plan d’épargne retraite collective (Perco). Avant de choisir cette dernière formule, il faut donc bien mesurer le poids de votre engagement, surtout si vous êtes jeune et que la retraite est lointaine.

Il existe plusieurs cas de sortie anticipée dans le PEE, correspondant à des accidents de la vie (décès, invalidité, perte d’emploi…) ou à des événements heureux (mariage, naissance d’un troisième enfant…). Attention, les sorties du Perco sont beaucoup plus restrictives : seuls les accidents de la vie (invalidité, décès, fin de droit au chômage, surendettement) ou l’acquisition d’une résidence principale permettent de récupérer votre argent par anticipation.

  • Un choix financier plus ou moins large

Afin que l’épargne puisse fructifier, les PEE et Perco renferment des fonds d’investissements spécifiques destinés à abriter vos capitaux. L’étendue et la nature des fonds proposés aux salariés dépendent des choix faits par l’entreprise et les partenaires sociaux. Les offres sont parfois très limitées et ne comprennent que trois ou quatre fonds ; elles dépassent rarement dix à quinze produits dans les gammes les plus étendues.

A l’intérieur de cette gamme, le salarié trouve en général les réponses à ses principaux besoins financiers.

Pour la sécurité, lorsque l’épargne est susceptible d’être retirée ou pour les épargnants réfractaires au risque, des fonds monétaires assurent une bonne sécurité, mais ne rapportent aujourd’hui plus rien.

Pour un investissement à moyen terme, des fonds diversifiés sont disponibles et, pour les investisseurs les plus audacieux ou qui ont beaucoup de temps devant eux, des fonds en actions, françaises, européennes ou internationales figurent systématiquement dans l’offre, tout comme au moins un fonds « solidaire ».

Il existe également des fonds d’obligations, mais ils sont aujourd’hui très peu rentables et susceptibles d’enregistrer des pertes significatives si les taux d’intérêt remontent. Mieux vaut s’en tenir éloigné.

  • Vérifier les performances

Le choix entre les différents fonds dépend de la durée prévue du placement, de la composition du reste du patrimoine, et du degré de tolérance au risque des marchés financiers. La plupart des sites Internet des sociétés gérant votre épargne salariale proposent des aides pour trouver l’investissement adapté à votre situation.

Avant d’investir dans un fonds, il est recommandé d’examiner ses performances passées et son comportement dans différentes phases de marché, principalement durant les baisses. En effet, tous ne sont pas de grande qualité, même si, dans leur ensemble, les fonds d’épargne salariale enregistrent cependant des performances comparables à celles des Sicav et fonds vendus par les établissements financiers.

  • Gérer le plan

Comme tout placement financier, un PEE ou un Perco mérite une gestion financière adaptée au fil du temps. Il faut donc investir l’épargne de manière conforme à vos objectifs, puis ne pas hésiter à opérer des arbitrages lorsque les orientations des marchés financiers s’inversent, ou lorsque votre situation personnelle évolue. Vous pouvez, une fois par an, opérer gratuitement au moins un « arbitrage » pour modifier la répartition de votre épargne.

  • Si vous quittez l’entreprise

Lorsque vous quittez l’entreprise, vous pouvez fermer votre PEE et récupérer l’argent sans pénalité, ou bien le transférer dans le PEE proposé par votre nouvel employeur, s’il en a un. Il est généralement déconseillé de conserver un plan ouvert chez un ancien employeur, car vous devez alors payer vous-même des frais de gestion annuels de quelques dizaines d’euros, qui pèsent proportionnellement lourd si les plans ne renferment pas des sommes importantes.

Lorsque vous êtes salarié de l’entreprise, ces frais de gestion sont pris en charge par l’employeur : vous n’avez généralement que les frais de gestion des fonds d’investissement (déjà déduits de la performance annoncée) à supporter, ce qui en fait un des placements les moins chers. Avec le Perco, vous n’avez pas la possibilité de le fermer en quittant l’entreprise : vous devrez soit le conserver, soit le transférer auprès du Perco de votre nouvel employeur.

Source : lemonde.fr