22 août 2016Franck Abed

François Asselin : «Il faudrait abaisser l’impôt sur les sociétés pour les PME aux alentours de 25 %»

Franck Abed

INTERVIEW - Le président de la CGPME demande un taux d’impôt sur les sociétés de 25 % et plus bas pour les PME sous-capitalisées.


Comment jugez-vous le climat économique de la rentrée ?

La situation globale s'améliore depuis six mois, le pays s'étant remis à créer des emplois. Pour ce qui est des TPE et PME, le climat, tel que nous le ressentions avant la trêve estivale, est fonction de leur taille. Pour les entreprises de plus de 50 salariés, nous voyons poindre des lueurs d'optimisme au niveau de leurs marges et activités. Pour celles de 10 à 50 salariés, le climat est plutôt mitigé. Quant à celles comptant moins de 10 salariés, l'inquiétude est très forte. En d'autres termes, plus la structure est petite, plus elle est fragile. Cela ressort d'une façon flagrante chez nos adhérents.

Ce qui nous inquiète est qu'il est extrêmement difficile d'embaucher pour les dirigeants de très petites entreprises, lesquels se tournent, pour certains, vers des méthodes alternatives... S'ajoute à tout cela un paramètre sectoriel. Pour nos adhérents professionnels du tourisme, le contexte actuel est très mitigé. Cela découle bien sûr de l'effet attentats mais également de la période de grèves, au cours de laquelle beaucoup d'entreprises ont opté pour l'attentisme, ne voyant pas arriver de réformes structurelles. Le problème est que, au moindre début de réforme, le pays se bloque immédiatement. C'est vraiment inquiétant !

François Hollande répète que « ça va mieux »...

Depuis 2008, nous avons perdu près de 500.000 emplois dans le secteur marchand : dans ce contexte, estimer que « ça va mieux » est un peu étrange. Nous avons de gros nuages devant nous que nous ne pourrons écarter que par la mise en place de réformes réellement structurelles. Hors besoins liés à la sécurité, la masse salariale de l'ensemble des personnels liés au secteur public continue d'augmenter, les comptes sociaux sont toujours en fort déséquilibre. Quant à notre marché de l'emploi, n'en parlons pas ! Nous avons besoin d'un Etat investisseur, non consommateur, et d'un marché du travail ou l'on puisse rebondir, au lieu de rester figé dans son statut de salarié...ou de demandeur d'emploi. Nous en sommes loin, alors que l'actuel gouvernement a bénéficié depuis trois ans d'une conjoncture incroyablement porteuse, avec des prix des matières premières et des taux d'intérêt extrêmement bas. Malgré cela, aucun changement d'envergure n'a été proposé. La loi Macron 1, à part libéraliser les compagnies de bus sur les réseaux routiers, ne rebat pas les cartes de l'activité économique du pays. Quant à la loi travail, il s'agit d'une réformette qui ne lèvera pas les freins à la création d'emplois.

N'y a-t-il rien de positif, au final, dans cette loi travail ?

Clairement, le moins bon l'emporte sur le bon ! Non seulement ce texte ne favorise pas l'embauche, mais des dispositifs tels le compte personnel d'activité ou l'augmentation des heures de délégation syndicale n'assouplissent pas non plus les relations au travail. De toute façon, le seul objectif était de sauver une réforme du gouvernement. Il faut faire une lecture politique de l'adoption de la loi travail, surtout pas une lecture pragmatique.

François Hollande a promis une baisse du taux d'IS sur les PME. Que souhaitez-vous ?

Je reste très réservé : nous sommes habitués aux effets d'annonce dont les répercussions sont, au final, assez faibles. Sur le papier, baisser le taux d'IS sur les PME va dans le bon sens. Mais n'oublions pas une chose : si l'IS baisse sur les sociétés, cela s'appliquera aux bilans clôturés en 2017 ; la baisse concrète n'interviendra donc qu'en 2018. En clair, l'effet se fera ressentir dans deux ans. Néanmoins, je reconnais que cette baisse est le chemin à prendre. La France est l'un des pays européens avec le taux d'IS le plus élevé, à 33, 3%, là où il est de 12,5 % en Irlande et de 15% dans d'autres pays. Nous souhaiterions voir le taux d'IS proche de la moyenne de la zone euro, soit aux alentours de 25%. Par ailleurs, afin de muscler en particulier les PME sous-capitalisées, nous aimerions que la part des résultats remontés en capitaux propres ait un taux d'IS très abaissé, aux alentours de 12,5%. Cela permettrait sur la durée, d'ici trois à cinq ans, de permettre aux PME et TPE françaises de retrouver des forces en capitaux propres et donc une capacité d'innovation et d'investissement. Mais, dans les faits, nos espoirs sont assez maigres. Les annonces se multiplient dans variété de secteurs : hausse du point d'indice des fonctionnaires, prime pour l'augmentation des salaires des professeurs des écoles, prolongation de la bourse pour la recherche du premier emploi... Les cadeaux à visée électorale sont nombreux, alors que les réformes structurelles se font très rares. Ces périodes pré-présidentielles ne sont pas sujettes à la prise de décisions courageuses. Cela est regrettable, qui plus est dans un contexte post-Brexit. Les Anglais ne vont avoir d'autre solution que de tenter d'attirer des entreprises du secteur marchand. Paris ne pourra tirer parti de la situation uniquement en mettant en place un minimum d'orthodoxie budgétaire et de vraies réformes. Faute de quoi nous risquons de perdre durablement notre influence et notre attractivité.

La politique menée depuis 2012 est favorable aux entreprises. Le patronat a-t-il sa part de responsabilité dans le manque de résultats ?

Je reconnais le bien-fondé du pacte de responsabilité : cette mesure est efficace. Sans elle, des pans entiers de l'économie auraient été fortement bousculés. Par contre, nous aurions aimé que la réforme du Code du travail, celle de la fiscalité, aillent beaucoup plus loin dans ce que l'on attend de l'emploi et du secteur marchand. Cela est crucial par rapport à nos homologues européens. Nous pouvons également difficilement rester avec un tel déséquilibre entre les sphères publique et privée. Je tiens à rappeler également l'ensemble des mesures administratives qui s'accumulent sur les épaules des chefs d'entreprise : pénibilité, DSN, prélèvement à la source... Tout cela est d'autant plus lourd que, dans les PME et TPE, le chef d'entreprise doit piloter seul ces changements ! Tous ces dispositifs sont totalement anti-économiques.

Source : lesechos.fr