5 août 2016Franck Abed

400 pièces romaines viennent renforcer l’argument de la propriété d’or

Franck Abed

La condition excellente dans laquelle se trouvent les pièces indique que leur propriétaire les a systématiquement mises de côté après les avoir acquises, comme l’ont déjà expliqué les archéologues. Pour une raison que nous ignorons, cette personne a enterré ces pièces peu de temps après les avoir achetées, et ne les a jamais récupérées. Certaines des pièces, composées principalement de bronze mais contenant également 5% d’argent, étaient enterrées dans de petites pochettes de cuir. Selon les archéologues, il serait impossible de déterminer la valeur originale de cette monnaie, en raison de l’inflation qui faisait rage à l’époque, bien que l’ensemble des pièces retrouvées représenterait selon eux entre une et deux années de travail » - The Guardian/19 novembre 2015


J’ai d’abord eu du mal à comprendre pourquoi quelqu’un voudrait se donner tant de mal pour accumuler des pièces contenant si peu d’argent – environ 5%. La seule explication rationnelle que j’ai pu trouver est que le propriétaire de ces pièces pensait qu’une dévaluation plus importante était en chemin. Un bref coup d’œil à l’Histoire romaine nous indique qu’il ne se serait pas trompé.

La génération suivante de deniers, émise par l’empereur Dioclétien, consistait en des pièces de bronze simplement trempées dans de l’argent. En 294 après J-C, qui correspond à la date d’émission de la plus récente des pièces découvertes, Dioclétien a abandonné l’usage d’argent dans l’alliage de ses pièces et commencé à émettre des pièces de bronze. Avant cette date, et en seulement vingt ans, les prix avaient grimpé de 1000%. Les troupes barbares employées par l’empereur demandaient à être rémunérées en or, et ce pour une bonne raison, comme nous pourrons le voir plus bas. A la fin du troisième siècle, la devise romaine s’est effondrée, et avec elle l’Empire romain tout entier.

Pour un bref résumé de la connexion entre l’effondrement de l’Empire romain et l’inflation, je vous recommande cette leçon donnée par le professeur Joseph Peden en 2009, intitulée Inflation and the Fall of the Roman Empire et publiée sur le site de l’institut Mises. Peden cite un témoignage fait au Ve siècle par un prêtre chrétien du nom de Salvien :

« Salvien nous dit, et je ne pense pas qu’il exagère, que l’une des raisons pour lesquelles l’Empire romain s’est effondré au Ve siècle était que le peuple romain, la masse de la population, n’avait plus qu’un souhait après avoir été capturé par les barbares : ne jamais retomber sous le règne de la bureaucratie romaine. En d’autres termes, l’Etat romain est devenu l’ennemi. Les barbares sont devenus des libérateurs. La raison en a sans doute été l’inflation survenue au troisième siècle. »

Il est intéressant de noter que pour Rome, comme ce fut aussi le cas pour d’autres régions du monde au fil de l’Histoire, l’inflation n’a pas été un évènement mais un processus. L’inflation de la Rome antique s’est développée sur une période de plus de 200 ans. « A l’époque de Trajan en 117 après J-C, explique Peden, le denier ne contenait que 85% d’argent, contre 95% sous l’empereur Auguste. Sous Marc Aurèle, en 180, il ne contenait plus que 75% d’argent. A l’époque de Septime, son contenu argent était passé à 60%, avant que Caracalla ne le porte à 50%. »

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A la fin du troisième siècle, comme le montre la découverte suisse, le denier ne comportait plus que 5% d’argent. Comme je l’ai mentionné plus haut, une fine couche externe d’argent est ensuite venue remplacer ce contenu. Après quoi les deniers n’ont plus été composés que de bronze. Un graphique aurait pu être établi à l’époque pour démontrer la progression à la hausse du prix d’une once d’argent en termes de deniers entre 117 et 300. Je me demande si les experts de l’époque auraient parlé de bulle.

Environ 1200 ans plus tard, Thomas Gresham a établi la loi Gresham, qui stipule que la mauvaise monnaie chasse la bonne. Si Gresham avait eu l’opportunité de visiter le British Museum et d’étudier les pièces de la Rome antique, il aurait pu découvrir un exemple de sa propre loi. Un expert a expliqué au Guardian que le propriétaire original des pièces romaines découvertes en Suisse les a accumulées parce que la « quantité d’argent qu’elles contiennent leur garantissait une certaine conservation de valeur au fil du temps, malgré l’incertitude économique ».

Dans The Story of Money for Understanding Economics, le chercheur Vincent Lannoye nous explique qu’au cours de l’inflation romaine, « les pièces les moins dévaluées ont été accumulées par les gens au fil des décennies, voire des siècles. Ces pièces précieuses ne circulaient que très peu, chose que nous pouvons déduire de leur très forte concentration dans les réserves découvertes par les archéologues ». Peder nous en dit plus sur le rôle de l’or pendant l’inflation romaine :

« Un point intéressant à relever concernant cette inflation devrait nous apporter quelque confort : les historiens qui ont étudié les prix sous l’Empire romain en sont venus à la conclusion que, malgré toute cette inflation – ou devrais-je dire en raison de cette inflation – le prix de l’or, en termes de pouvoir d’achat, est resté stable entre le premier et le quatrième siècle. En d’autres termes, l’or est resté, en termes de pouvoir d’achat, une valeur stable, alors même que toutes les autres pièces perdaient peu à peu l’intégralité de leur valeur. 

En 1700 ans, comme vous pouvez le voir, seules très peu de choses ont changé. Depuis 1971, date à laquelle les Etats-Unis ont libéré le dollar de l’or pour donner naissance à l’ère de la monnaie fiduciaire, le dollar a perdu 83% de son pouvoir d’achat. Le dollar de 1971 vaut désormais 17 cents. Sur la même période, l’or est passé de 35 à 1.100 dollars l’once (après avoir atteint un record de 1.900 dollars l’once en 2011). Sur le long terme, l’or de l’ère moderne a maintenu son pouvoir d’achat, comme il l’a fait à l’époque romaine, alors que le dollar, comme le denier, a été sans cesse dévalué. Vous savez maintenant pourquoi 400 pièces romaines récemment découvertes en Suisse renforcent l’argument de la propriété d’or actuelle.

Note 1 : nous ne devrions pas rester insensibles face à la possibilité de voir se poursuivre l’inflation, malgré le répit que nous traversons depuis quelques années. Bien que l’inflation des prix soit relativement limitée, l’inflation monétaire se poursuit, et ses conséquences devront encore être déterminées. Au cours du processus inflationniste, nous devrions nous rappeler que la limite entre cause et effet n’est pas toujours une ligne droite. L’Histoire nous apprend que lorsque l’inflation se présente, elle le fait souvent sans crier gare.

Note 2 : Je devrais ajouter qu’au cours de l’inflation romaine, la personne qui a accumulé ces pièces se serait couverte face aux évènements à venir, comme l’illustre cet article. A l’époque moderne, bien qu’il soit plus volatile que l’or, l’argent a fonctionné comme actif de préservation de valeur pour les portefeuilles d’investissement. Un graphique tel que celui présente plus haut pourrait aussi être établi pour l’argent.

Source : 24hgold.com